Se mobiliser, batailler, lutter, résister, se
révolter… Les communiqués syndicaux publiés ces derniers jours par les
syndicats de la recherche et de l’enseignement supérieur donnent le
ton. Il faut agir vite et frapper fort pour refuser l’éclatement du
Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et des autres
organismes de recherche, expliquent les syndicats. Un appel unitaire à
la grève est lancé pour le 27 novembre, jour du conseil
d’administration du CNRS.
Déjà orageux,
le climat entre le gouvernement et le monde scientifique s’est encore
détérioré depuis la remise, par l’Agence d’évaluation de la recherche
et de l’enseignement supérieur (Aeres), du rapport sur l’Inserm, dont
certaines recommandations ont été reprises par le Premier ministre le
14 novembre, lors des 120 ans de l’Institut Pasteur. François Fillon a
confirmé «la volonté du gouvernement de voir évoluer le secteur de la
recherche biomédicale».
Cette évolution, d’après les recommandations des experts dirigés par
Elias Zerhouni, qui vient juste de quitter la direction des NIH
(National Institutes of Health, USA), va vers la création d’un
«institut national unique pour la recherche dans le domaine des
sciences de la vie et de la santé». «Le mélange et l’abondance actuelle
d’institutions de recherche nationales […] nécessitent des mesures
radicales de restructuration» stipule le rapport. Au-delà de l’Inserm,
c’est donc un pan entier du CNRS qui est concerné. Sachant que deux
autres commissions ont été chargées par Valérie Pécresse, ministre de
la recherche, de rendre des rapports sur les sciences de la vie et sur
l’informatique, les chercheurs craignent que le CNRS soit purement et
simplement démembré.
Ces craintes ne datent pas d’hier (lire Le CNRS sur ses gardes).
Il y a quelques mois, les chercheurs dénonçaient déjà un renforcement
du pilotage de la recherche par le ‘’haut’’. Transférée aux
universités, qui sont étroitement liées aux pouvoirs politiques
régionaux, la gestion des équipes de recherche sera moins indépendante,
expliquent les représentants syndicaux. Les chercheurs craignent que
quelques grandes universités, celles qui feront de la recherche,
récoltent des moyens, au détriment des plus petites.
La commission d’évaluation sur l’Inserm veut mettre fin à la
fragmentation et à l’éparpillement des sources de financement, qui
contraignent les chercheurs à de lourdes tâches de paperasseries.
Cependant cette fragmentation a été aggravée par les réformes récentes,
notamment la création de l’ANR, ou encore la création de 10 instituts,
avec chacun son outil de coordination, au sein de l’Inserm. «La
complexité des sources de financement est exacerbée par la
prolifération d'initiatives spéciales, comme les regroupements
thématiques (RTRA, RCTRS, génopôles, canceropôles, infectiopôles) qui
entraînent des complications administratives supplémentaires et qui
captent les ressources locales encore davantage» peut-on lire dans le
rapport.
Etendant ses recommandations assez loin, le comité d’experts piloté par
Zerhouni recommande de repousser l’âge de la titularisation des
chercheurs, en créant une « période préparatoire » de 5 ans minimum.
Eclatement du CNRS, suppression de 900 emplois, faiblesse budgétaire,
développement de la précarité de l’emploi, réforme contestée du statut
d’enseignant-chercheur.. La liste des griefs s’allonge du côté des
chercheurs. Et le ton de la mobilisation n’est pas sans rappeler d’il y
a quatre ans, qui avait débouché sur la tenue des Etats généraux de la
recherche. Un travail de réflexion et de propositions qui devaient
servir à la réforme du système de recherche français. Mais que les
chercheurs reprochent au gouvernement de n’avoir jamais utilisé.



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